Tout aurait commencé il y a fort longtemps… Jadis, un pèlerin désireux de connaître ce que lui réservait l’avenir, voulut se rendre à Polignac, haut lieu du paganisme, connu pour ses oracles. […]

Le consultant, au détour des monts, se trouvait face au sanctuaire qui flottait sur la brume comme une île perdue, protégée par les divinités, atemporelle. [ …] Au pied de l’imposante masse volcanique, il trouva un oratoire ou aédicule. Là, se tenait un prêtre d’Apollon qui interrogeait les visiteurs sur les questions qu’ils voulaient poser au dieu ou sur les vœux qu’ils voulaient prononcer. Une fois renseigné, le prêtre indiquait le chemin pour arriver jusqu’à l’oracle. Le pèlerin déposait ses offrandes et entrait alors dans une attitude de prière.

L’« ascension » du roc ressemblait à un rite d’expiation nécessaire pour se présenter devant la divinité. Aussitôt que le voyageur s’éloignait, le prêtre s’infiltrait sous la roche par un passage souterrain. Parvenu au fond, il se trouvait sous une grande excavation percée en forme d’entonnoir depuis la base jusqu’à la cime du rocher. Ainsi la cavité mystérieuse nommée « puits de l’abîme » servait d’immense porte-voix pour communiquer aux prêtres les questions qui allaient leur être posées.

Pendant que le voyageur faisait son « chemin de croix », les prêtres d’Apollon s’activaient en haut du rocher afin de préparer la réponse à donner. Ils descendaient dans une salle souterraine du temple, nommée « puits de l’oracle », sous le masque d’Apollon scellé à la verticale sur la margelle du puits…

« Le château de Polignac en Haute-Loire appartient depuis le Xe siècle à la même famille, dont la destinée est intimement liée non seulement à l'histoire de l'Auvergne, mais aussi à celle de la France. Sur ce nom singulier se greffe dès la Renaissance nombre de mythes et de légendes, dont le contenu ne cesse de susciter de violentes polémiques chez les érudits.  En effet, là où se dressent aujourd'hui les ruines du château féodal aurait été érigé sous l'Antiquité un temple d'Apollon, comparable par sa fonction magique au site de Delphes en Grèce. C'est saint Georges en personne qui aurait renversé ce haut lieu du culte apollinien et contribué ainsi à la conversion des Vellaves au christianisme. Quant à la famille des Polignac, elle serait en toute simplicité apparentée à celle des Apollinaire, dont le plus illustre membre fut Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont au Ve siècle »          

                                                                                 Christian Amalvi         

 

Il y a une magie des lieux et une magie-légende. Celle d’Apollon a partagé la communauté scientifique entre les « apollomanes », (Gabrielo Syméoni, Gaspard Chabron, Mangon de la Lande...) partisans d’une légitimité tirée de l’Antiquité pour le site de Polignac et l’illustre famille, et les « anti appolomanes » qui déchirèrent cette toile mythologique.

Au siècle dernier la polémique enfla à la suite des Notes d’un voyage en Auvergne rédigées par Prosper Mérimée, alors inspecteur des monuments historiques. Auguste Aymard, le vicomte de Becdelièvre, Boudon-Lashermes furent les acteurs d'une lutte intellectuelle sans merci.

« Thuriféraires et contempteurs ont écrit un ballet à la fois tragique et cocasse où l’histoire cède souvent le pas au mythe. Celle-ci n’a jamais été neutre et chacun l’interprétait en fonction de ses croyances, de ses idées ou de son temps »

                                                                     Jean-Claude Besqueut      

 

Alexandre Pau, tout en se méfiant autant de certaines études scientifiques que des témoignages traditionnels a étudié le mythe d’Apollon sur le rocher de Polignac : il n’est plus suffisant de discuter de son authenticité car le propre d’une légende n’est-il pas d’être immortelle ? 

 

De nombreuses difficultés archéologiques et historiques contribuent à préserver un long mystère et à nous détourner d’une réponse toute faite. Essayer d’en déterminer les différents rouages présente un plus grand intérêt. C’est là l’objet de cet ouvrage : dégager le sens que prend la légende de l’Apollon de Polignac dans la conscience populaire, écrire son histoire et sa transmission érudite et montrer que ce château est, comme les historiens le considèrent aujourd’hui, un lieu de mémoire, témoin d’un patrimoine grandiose et formidable support à la méditation qu’elle soit artistique, romantique, ou même scientifique.