La préface de Christian Amalvi

"Le château de Polignac en Haute-Loire appartient depuis le Xe siècle à la même famille, dont la destinée est intimement liée non seulement à l'histoire de l'Auvergne, mais aussi à celle de la France. Sur ce nom singulier se greffent depuis la Renaissance nombre de mythes et de légendes, dont le contenu ne cesse de susciter, de violentes polémi-ques chez les érudits.  En effet, là où se dressent aujourd'hui les ruines du château féodal aurait été érigé sous l'Antiquité un temple d'Apollon, comparable par sa fonction magique au site de Delphes en Grèce. C'est saint Georges en personne qui aurait renversé ce haut lieu du culte apollinien et contribué ainsi à la conversion des Vellaves au christia-nisme. Quant à la famille des Polignac, elle serait en toute simplicité apparentée à celle des Apollinaire, dont le plus illustre membre fut Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont au Ve siècle.
Face à ce véritable nœud gordien historique, Alexandre Pau a adopté, malgré son jeune âge, l'attitude scientifique qui convenait : non pas enrichir d'une énième révélation archéologique plus ou moins fracassante un corpus bien fourni sur ce plan-là - même s'il expose de manière convaincante à la fin de son livre les conclusions les plus récentes des dernières recherches menées par les spécialistes - mais dresser de manière originale et vivante l'archéologie du mythe de Polignac saisi sous tous ses angles dans la longue durée du temps de l'histoire.
En faisant ainsi de cet authentique « Lieu de mémoire » (Pierre Nora) un révélateur des enjeux politiques, religieux et culturels, à l'échelle régionale et nationale, qui conditionnent la recherche érudite de l'humanisme à nos jours, et des passions qu'ils suscitent, il montre avec beaucoup de finesse comment un tel mythe a été inventé, instrumentalisé puis déconstruit avec les progrès de la critique historique. Avec un talent sûr et un humour toujours bienvenu, Alexandre Pau nous propose avec bonheur un superbe exercice d'historiographie, dont tireront profit tous ceux qui entendent écrire l'histoire, celle d'hier comme celle d'aujourd'hui."

Christian Amalvi,
Professeur d’histoire contemporaine,Université Paul-Valéry – Montpellier III

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