L’invention de Polignac
Soutenance samedi 27 octobre 2007- 14 h
Présentation générale

Madame la présidente du Jury,
Mme Roman, M. Bertrand, M. Cabanel,
M. le directeur Amalvi,
Mesdames, Messieurs, Cher(s) Ami(e)s,

Je tiens tout d’abord à vous remercier de vous être déplacés et de l’intérêt que vous avez manifesté pour ce travail, un travail qui a permis de rassembler ici différents spécialistes des grandes époques historiques. Preuve que ce sujet, eut égard aux polémiques qu’il a pu déclencher, peut aussi rassembler.
Au cours de la vingtaine de minutes que durera ma présentation, je vous propose une brève mise au point sur le type de questionnement que j'ai adopté face à ma thèse, sur la manière dont j'ai pensé l'organisation de mon travail, et sur les buts que je souhaitais atteindre.

 

1. OBJET:

Le sujet de l’étude concerne l’invention d’une aura historique autour d’un mot : POLIGNAC.
Trois ingrédients fondamentaux semblent apparaître :

  1. Un morceau de rocher volcanique de 800 m. d’altitude au cœur du Massif Central, ce que l’on nomme localement un dyke.
  2. Un château fort certainement construit aux alentours de l’an Mil, un castrum devenu forteresse.
  3. Une famille prestigieuse : un lignage qui a scellé son destin autour de ce château, entre Histoire du Velay et Histoire nationale.

C’est vers ces trois axes que converge « POLIGNAC ».
Un nom qui a été alimenté par ses propriétaires. Il désigne à la fois un pouvoir temporel construit autour d’une politique matrimoniale avisée et par une conquête riche en faits d’armes. De Polignac se dégage aussi, en guise de pouvoir spirituel, une aura constituée par les intellectuels depuis que l’Histoire s’imprime et dont la légende d’Apollon est la plus vivace expression.

 

2. QUESTIONNEMENT(S)

Qui ?

Qui sont les artisans de cette invention, de cette mythification familiale ?
D’Odin à J.-C. Besqueut.
Des historiens, des architectes, des archéologues, …
Des artistes, des écrivains ou peintres, …
Les Polignac eux-mêmes
Leurs « ennemis », opposants politiques ou érudits ayant une conception différente.
La plupart sont des inconnus parce qu’ils ont publié localement, ont eu une production limitée ou sont des étrangers.

Pourquoi ?

            Raisons politiques : belle illustration de l’histoire venant au secours du pouvoir, de la politique afin d’asseoir un désir de PUISSANCE.
            Prestige, gloire, orgueil : une mythologie familiale qui répond à leur désir de GRANDEUR, d’IMMORTALITE. C’est le gage de leur NOBLESSE.
            Pour l’aspect passionnel qui peut s’emparer de chacun, une affinité sensible qui s’établit entre un lieu, cadre naturel exceptionnel, pour la généalogie, le rêve, le goût du mystère. Les vieilles légendes offrent à l’histoire de Polignac, une actualisation perpétuelle, indémodable, une forme d’ETERNITE.

Quelle(s) forme(s) ?

            Le visage de l’histoire de Polignac apparaît sous diverses configurations.
            Elle prend les traits d’une démarche historique qui se veut événementielle, historicisante (l’essai d’inscrire la famille dans une généalogie depuis les temps les plus anciens et celui d’y faire correspondre l’étymologie du nom du lieu, du château, …)
            On peut lire cette histoire en empruntant une démarche thématique à la fois sociologique (qui vient nous donner un éclairage sur les pratiques des sociétés d’Ancien régime), ethnologie (qui exprime toute la ferveur d’une civilisation issue du creuset ponot, les croyances aux légendes, la pérennité d’un riche folklore et de traditions multiséculaires), architecture, archéologie, …

L’intérêt ?

L’intérêt de cette recherche repose sur une quête de la vérité, apporter un nouveau regard, ne pas laisser la richesse que transportent tous ces souvenirs et préserver un château dans la pluralité de ses facettes :


-offrir aux historiens et aux archéologues de demain une base solide et plus complète de ce que l’on pouvait savoir sur ce site. Laisser des informations précieuses sur le château, la famille, le bassin du Puy et l’histoire de la France profonde.


-montrer certaines réflexions archéologiques, exhumer certains détails qui une fois associés à une argumentation offriront un éclairage nouveau.


- faire vivre une histoire d’un espace vécu, de ses mentalités, de ses cultures.


-rentrer dans la psychologie du chercheur qui soit un historien amateur ou professionnel, artiste ou simple visiteur.

 

3. STRUCTURE DE LA THESE

            De l’étude de ces éléments complexes et disparates, il ressort un plan ultra structuré à tendance chrono-thématique qui s’articule autour de trois parties :

  1. Les Polignac et/en leur château (…-XVIe siècle)
  2. Les Polignac hors de leur château (XVIIe siècle-1830)
  3. Un château touristique à la recherche de son passé (XIXe-XXIe siècle).

On peut aussi comprendre au travers de ce découpage, le plan suivant :

  1. La construction d’une légende familiale dont les principaux membres de la famille sont les acteurs jusqu’aux guerres de religion (vers 1600)
  2. L’utilisation du château et du mythe d’Apollon pour le service d’une famille de cour jusqu’aux Trois glorieuses.
  3. L’utilisation du mythe Polignac dans l’avènement d’une sociabilité érudite au sein du siècle de Clio, l’affirmation d’un monument qui évolue entre mise en valeur historique et touristique jusqu’à nous.

 

4. PARCOURS/ODYSSEE


Pour mener cette recherche il aura fallu de nombreuses années : depuis l’automne 1999, date de ma rencontre avec le sujet (licence). Coup de foudre.
D’importantes difficultés personnelles  m’empêchaient de commencer des études, je ne m’attendais pas une fois en licence à devoir me poser la question de les poursuivre jusqu’à ce jour.
J’étais venu voir Mme Roman pour en faire un sujet de maitrise. Polignac ne devait représenter qu’un paragraphe dans une étude sur les sanctuaires secondaires de la Gaule. Puis j’ai pu mesurer l’intérêt de ce sujet auprès des gens que je croisais et notamment au moment d’une conférence dans un séminaire d’archéologie avec M. Llinas.
            L’été je me mettais à chercher. Bibliothèque du Puy fermée, je ne connaissais personne, peu d’argent.
            J’ai d’abord cherché un emploi au Puy pour l’été et j’ai commencé mes recherches grâce à Martin de Framont et les archives départementales. Mais incontestablement c’est le monde des bibliophiles et des érudits locaux qui m’a sauvé. Je dois beaucoup à Jean-Claude Besqueut et à ses fonds privés.
            L’été suivant, grâce à mon mémoire, j’ai pu travailler au château comme guide. J’ai donc poursuivit en DEA.
            Les mémoires circulent, ils tombent entre les mains d’érudits et surtout entre celles de Georges Chanon des éditions du Roure. En juin 2004, je le rencontre lors d’un vide-grenier à Polignac (j’étais à la recherche de documents sur le château). Il me propose de faire un livre. Je n’y crois pas !
            Fin 2005 il me relance. En 2006 je me mets à écrire.  Courant mars 2007, le livre sort.
            Parallèlement depuis 2003, je continue mes recherches à Paris, Clermont-Ferrand, Compiègne, Dijon et Chantilly.
            2007, année de l’Apollon de Polignac ?
           
5. MINORES/MAJORES

Les points négatifs

1. La longueur du corpus, la complexité du plan, les niveaux de titres.

Y a-t-il trop de détails ? Trop de photos ?
= volonté d’exhaustivité. Défaut du thésard. Donner l’échantillon le plus complet possible. Rendre compte de la totalité du sujet. Laisser une base conséquente pour ceux qui reprendront le flambeau.
Inconvénients : le style (longueurs, …), orthographe, lisibilité peuvent en pâtir.

2. Pas assez ramené l’étude dans un contexte plus général. Pas assez comparé avec de grands historiens, grands courants historiques, autres exemples de ce genre de construction.

= Volonté de rendre à l’histoire locale et aux petits historiens leur propre historiographie. Pour moi un peu hors sujet,  je ne voulais pas les classer des cases qui ne leur correspond pas. Ils se placent en fonction de leur attachement personnel au terroir et aux traditions (espace vécu) et non pas à des courants historiographiques nationaux.

3. Proposer une trame chronologique nous a semblé la meilleure manière de ne pas perdre le lecteur et d’introduire plus de rationalisme, de repères : « Histoire historicisante. »

4. Trop basé sur la famille ? Deux sujets qui peuvent être considérés comme distincts mais qui en fait sont  inséparables.

Dans la 1ère partie, l’aura historique de Polignac et ses légendes proviennent des actes réels ou présumés des membres les plus importants de la lignée.
Dans la seconde la famille utilise pleinement son château comme un coffre au trésor dans lequel elle vient puiser prestige et puissance pour sa présence à la cour.
Dans la 3e, la famille n’est jamais loin et a toujours conscience que le château et ce qu’il représente est le seul vestige  qui leur confère honneur et prestige. C’est au travers du mécénat et des restaurations du château qu’ils font à nouveau briller leur nom.
Je n’ai pas traité la famille autant que dans un travail généalogique ! J’ai beaucoup trié, élagué, conservé ce qui permettait de comprendre avec peu d’éléments le lien et l’importance des Polignac et de Polignac dans l’histoire. La généalogie et l’héraldique ont déjà été traitées. Je voulais quelque chose de différent, décloisonner l’histoire locale et l’inscrire dans une forme d’histoire vécue pour mieux rendre vie à tous ces personnages.

5. Trop passionné, trop personnel

Attention de ne pas être acteur de l’invention. Pose la question de l’objectivité ? (opposition à Fustel de Coulanges).
La prise de risque de produire un travail parfois trop personnalisé (Préface, Postface, petite histoire de la recherche des photos, cd rom, …) tiens au fait de vouloir communiquer cette passion faire comprendre ce qu’il y a de beau dans ce site, ce qui a poussé à écrire tant de chimères et de faire autant rêver : c’est la clef de l’invention de Polignac.

 

Les points positifs :

-La passion : c’est elle qui génère une implication personnelle inouïe. Un dépassement de soi et la force de terminer ce que l’on a commencé.
Cela donne l’acharnement nécessaire l’offrir à ceux qui partage le même amour de l’histoire et le même respect des lieux de mémoire et des personnalités qui ont fait survivre par leur travail la mémoire.
Cette passion permet de développer un 6e sens, une intuition pour la recherche. L’ensemble des découvertes proposées dans ce travail ne sont pas uniquement le fruit d’une quête rationnelle, méthodique et « professionnelle » de l’histoire. Il existe un « feeling » historique avec ce sujet.
Ouvre les portes parfois condamnés de la sphère privée. Chercheurs, bibliophiles, collectionneurs, villageois (recherche de terrain). Suscite l’intérêt. Passion = COMMUNICATIF.

-Etude assez complète : c’est certainement l’étude la plus poussée, qui comporte le plus de sources et de références sur Polignac.
Ouvrir de nouveaux débats, de nouvelles recherches, transmettre un flambeau ouvert sur de nouvelles pistes. Pour l’archéologie, l’architecture, ethnologie, …

-Faire vivre ce sujet, faire vivre la légende d’Apollon, relancer la quête de la vérité sur ce sujet. Empêcher certains raisonnements hâtifs, certaines prises de décisions rapides. Il y a quelques années (2002-2003), Polignac pour ses « rénovateurs », nouveaux entrepreneurs ne représentait qu’un château médiéval, une ruine à reconsolider, reconstruire à neuf, une coquille vidée de son essence. La relance et la nouvelle portée de la légende d’Apollon, de l’histoire du château, à modifier les axes de recherches, ouvert les yeux sur l’identité de cette masse rocheuse. Essai d’une topographie mythologique.

6. RESULTATS

Voici ce qui me semble constituer les principaux apports de mon travail :

- A propos de l’invention de Polignac : l’histoire de sa construction, rouages après rouages a été produite et ce travail a repoussé encore plus loin les limites chronologiques et les réflexions sur cette mythification. L’apport des sources légendaires à la lecture des faits historiquement tangibles, de la psychologie des personnages ont permis d’expliquer le pourquoi et le comment. La lecture du Chabron et les différentes théories sur la chambre d’Apollon peut renvoyer la création de la légende au XIIe siècle. Une légende iconographique.

- Sur une question qui semblait figée : y a-t-il un temple d’Apollon à Polignac ?  Mon travail relance le débat. L’observation de la présence d’un nombre conséquent de blocs antiques. Les réseaux hydrologiques sur le plateau et dans le village et la théorie de la pratique d’anciens cultes comme la cornerie sont d’importants éléments qui ne peuvent être nié. Polignac a bien été antique.

- Les nouveaux documents exhumés et interprétés autant que possible, photos et plans (Lenormand), textes légendaires (peintures mythologiques de Chabron, description d’un temple d’Apollon de Bellidentis de Bains)
ET
L’emploi de méthodes qui peuvent sembler parfois empiriques (essai d’une topographie mythologique, comparaison des sources, l’application de méthodes quantitatives pour l’explication des sources d’époques et de disciplines transversales, la confrontation des témoignages associés à une véritable enquête de terrain), tout cela prouve qu’il y a toujours un espoir de découvrir de nouvelles choses qui vont relancer l’histoire et surtout qu’il ne faut pas être trop hâtif à engager des reconstructions, à détruire sans sonder fouiller, réfléchir, ressentir ce lieu comme bien d’autres.

 

EN CONCLUSION


Mon travail propose un parcours critique mais aussi affectif à travers la production imprimée, l’exhumation archéologique et les projections mentales d’un lieu de mémoire, avec comme fil directeur les légendes, les sources irrationnelles, les discussions savantes et les représentations imagées,…
Ce parcours est forcément partial et partiel, et mon travail ne prétend pas à la représentativité statistique, encore moins à l'exhaustivité.
Il vise simplement à préserver la mémoire de ce site, son authenticité, son aura et faire connaître et, pourquoi pas, partager cet engouement. Cela repose aussi sur une quête personnelle : croire que dans chaque légende il existe quelque chose de vrai, que certains textes parfois tirés du rêve, nous construisent aussi, et in fine sur la nécessité de répondre à une question : « sur quoi s’appuyer dans ce monde ? »